Introduction

« Je travaille dans la culture »

C’ est une phrase que j’ai beaucoup entendue lors de mes rencontres avec les professionnels des structures dans lesquelles j’ai travaillé, lors de mes formations universitaires. Au détour d’un couloir, pour résumer, sans prendre la peine d’expliciter, « je travaille dans la culture » est une phrase-bateau assénée à ceux qui ne connaissent pas bien le milieu. Mais à cette déclaration, on répond souvent « Ah, mais, tu fais quoi en particulier ? ». Ce dialogue bien connu des travailleurs de la culture soulève une réflexion intéressante. Qu’est-ce que la culture ? Et qu’est-ce qu’on y fait dans ces institutions culturelles ? Je serais tentée de vous répondre de but en blanc : on favorise la transmission entre une oeuvre-d’art et son public, mais n’allons pas trop vite.

De la définition du terme « culture » découle deux significations. La première s’intéresse à l’aspect matériel de la culture. Désignant « le travail d’un produit de la terre », cette première définition étymologique n’est pas anodine, car elle définit une matière brute que l’on travaille, que l’on façonne nous-mêmes avec nos propres mains. La seconde signification de la culture, d’après le Littré, désigne « l’instruction et l’éducation ». De cette signification se dégage ainsi la notion élémentaire de transmission. En effet, la culture, comprenant l’art, le langage et les techniques, est ce qui caractérise une civilisation. Elle se transmet socialement, et se manifeste lorsqu’un ensemble d’individus reproduit les mêmes habitudes et comportements.

Ces quelques lignes prouvent la difficulté de trouver une définition universelle et univoque de la culture. La culture comprend des acceptations larges, variant d’un endroit à un autre, d’un pays à un autre. Si l’on part de mon sentiment personnel et de la définition qui nous servira pour l’ensemble de ce mémoire, la culture, dans l’acceptation la plus pertinente serait : « l’expression artistique », c’est-à-dire l’ensemble de pratiques liées aux domaines de l’art, des sciences sociales, que l’on effectue lors de notre temps libre. En effet, la littérature et la musique participent, en France, au rayonnement culturel et ces domaines jouent un rôle important dans la transmission de connaissances, traditions et de valeurs. La culture fait intrinsèquement partie de nos pratiques sociales qui nous définissent. Les professionnels de la culture, eux, doivent participer à la transmission de la culture, par leur expertise, leurs connaissances, leur passion.

De ce fait, les institutions culturelles permettent la rencontre entre ces professionnels de la culture, et un public qui vient s’instruire, et découvrir l’établissement.


A travers mes deux stages professionnels effectués lors de mon master Livres et Médiations à Poitiers, j’ai été en contact avec ces deux domaines culturels bien particuliers que sont la littérature et la musique. Lors de ces expériences, j’ai mesuré l’impact de ces disciplines sur les visiteurs, et l’apport culturel, personnel que cela leur apporte. A la Maison Julien Gracq, résidence d’écrivain, l’accent est mis sur la littérature contemporaine après-guerre, mais aussi sur la littérature actuelle avec des manifestations autour d’auteurs, écrivains, artistes en résidence. La Maison Julien Gracq a également la spécificité de mêler les disciplines et de croiser les domaines culturels, notamment avec le festival Le Rivage des Voix qui accueille dans toute la ville de Saint-Florent-le-Vieil des musiciens et des musiques liées à la voix comme l’opéra. La Philharmonie de Paris — Cité de la Musique se tourne essentiellement vers la musique, couvrant tous les genres : traditionnels, classiques et actuels. Ayant également une maison d’édition, on retrouve ce croisement entre les disciplines de la littérature et de la musique. Malgré des différences certaines entre ces deux structures, que l’on étudiera au cours de ce mémoire, les deux établissements s’unissent par leur volonté de mélange, et d’ouverture culturelle.

C’est à partir de ces observations-ci que nous entamerons la réflexion de la fidélisation du public dans ces institutions culturelles de la littérature et de la musique. Il apparaît intéressant de voir comment le public est appelé à visiter ces lieux, et à y revenir. Aujourd’hui, à l’ère du digital et de l’immédiateté, les institutions culturelles se retrouvent face à un nouveau challenge : attirer un public nouveau, le fidéliser et réveiller son intérêt. Il s’agit d’une perpétuelle course en avant, dans la mesure où l’art et la culture seraient liés à l’appartenance sociale de chaque individu. La relation entre le public et les institutions culturelles est passionnante à étudier, et j’ai découvert cet aspect de fidélisation à travers mes stages de professionnalisation au cours de mon Master Livres et Médiations à l’Université de Poitiers.

J’ai donc été accueillie par deux structures culturelles à cette occasion. La volonté d’étudier les domaines de la littérature et de la musique m’est venue lors de mes stages. La première institution, la Maison Julien Gracq, est ainsi une association et résidence d’écrivain qui accueille auteurs et artistes, et qui organise des manifestations culturelles telles que des conférences, vernissages, festivals de musique, et possède une bibliothèque aujourd’hui en libre-accès. J’y ai exercé pendant trois mois en tant que chargée de médiation et de bibliothèque au cours de l’été 2017, de mai à août. A travers cette expérience, j’ai été en contact avec un public de région, parfois une clientèle de passage, et, surtout, une clientèle de proximité. Cette structure associative composée de quatre personnes se trouve au coeur de la Loire, dans la petite commune de Saint-Florent-le-Vieil, et organise ses manifestations en partenariat et en collaboration avec d’autres communes.

La seconde structure culturelle qui a renforcé mon désir d’étudier les publics des institutions culturelles est la Philharmonie — Cité de la Musique de Paris. D’octobre 2017 à février 2018, j’y ai évolué en tant qu’assistante d’édition. Cette immense structure se découpe en deux bâtiments : la Cité de la Musique et la Philharmonie de Paris. Ces deux bâtiments comprennent trois grandes salles de concert, un musée sur quatre étages, et vingt-quatre salles pédagogiques pour l’accueil de groupes. Par conséquent, le nombre de visiteurs est important, les moyens pour développer le public sont également élevés et différents.

Ces deux stages ainsi que les différentes lectures que j’ai pu avoir autour des différentes formes de médiations du public ont soulevé mon intérêt face à la manière dont on appréhende le public de l’autre côté du rideau.

A travers ce mémoire, je souhaite donc mettre en oeuvre mes expériences au sein de ces deux structures qui semblent complètement opposées. Aussi, j’aimerais apporter un éclairage sociologique, historique et démographique à cette question de la fidélisation du public.


La problématique de ce mémoire se pose de cette manière : comment les institutions culturelles fidélisent-elles leur(s) public(s) et cette fidélisation permet-elle une valorisation du patrimoine ? Pour mener à bien cette pensée, j’ai conduit des entretiens avec des professionnels de la culture, à la Cité de la Musique — Philharmonie de Paris et à la Maison Julien Gracq avec des questions mûrement préparées. J’ai également accumulé une connaissance empirique à l’aide de mes lectures, de mes observations menées au quotidien, et à mes nombreuses questions posées aux encadrants de mon stage. Mon objectif final avec cette réflexion est de comprendre les moyens délivrés pour séduire un public de nos jours, en France, en tenant compte des différents types de structures que j’ai rencontré, et comment définir ce public ainsi que ses nouvelles habitudes digitales.
Pour ce faire, il convient d’étudier dans un premier temps les différentes pratiques culturelles des français depuis l’instauration d’un ministère de la culture, et surtout l’identité de ce public. Cette approche sociologique convoque les notions de classes sociales, et nous pourrons voir si ces notions de classes sont encore valables aujourd’hui lorsque l’on étudie les publics des institutions culturelles. Nous verrons ainsi comment déterminer un public au-delà d’un rapport entre une personne et une classe sociale.
Dans un second temps, il s’agira d’observer et de rendre compte des multiples stratégies pour attirer le public, en présentiel et à distance, avant d’interroger la question du renouvellement et l’atteinte d’un public. A travers l’étude de ces stratégies, nous verrons si le public, aujourd’hui, est acteur de sa propre expérience culturelle, ou passif.
Enfin, nous verrons que la concurrence, à la fois matérielle et technologique est un nouveau challenge : à la fois un frein et un accélérateur pour ces institutions culturelles, ces nouveaux challenges participent à une reconfiguration des visages des institutions culturelles, appelant un nouveau public, et sans doute, une nouvelle génération de visiteurs d’établissements culturels. Ce cheminement permettra de relever les différentes stratégies des établissements culturelles pour continuer à attirer un public, à la fois un public fidélisé, et un public nouveau.

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